Renouveau: Les archives en retraduction / Renewal: New Translations from the Archives
A Hummingbird’s Heart Beats 1260 Times a Minute (ellipse 83) Don Domanski
Première publication ellipse 59 Reproduit ave l’autorisation des Éditions du Noroît.
Le cœur du colibri bat 1260 fois par minute (ellipse 96) Luba Markovskaia
L’homme restera dans son fauteuil jusqu’à l’aube. La journée fut longue, et à présent, les discussions du jour écartent les brins d’herbe pour se poser. À présent, les silences entre les mots possèdent toute chose. La persistance du vide sans fin qu’il ne puisse entrevoir, l’extase des blancs entre les pierres, et toutes ces pensées qui s’élèvent des pierres et vagabondent, libres, jusqu’au matin. En lui, une tristesse qu’il ne sait pas s’expliquer, comme des ruisselets charriant des filets de sang vers une source inconnue. Comme toutes ces petites sibylles sous les lattes du parquet qui ne peuvent pas dire un mot, comme ces livres sur l’étagère qui ne savent pas se lire eux-mêmes. Dans cette chambre, seul le colibri comprend, pressé entre les pages de la bible familiale depuis les années 1850, telle une rose ayant connu le vol, aplati tristement contre toutes les paroles de Dieu. Une fleur là où l’obscurité prend la forme d’un oiseau, là où la mort prend forme 1260 fois par minute. Ce chagrin-là est assez grand pour que même un homme puisse le saisir, trouver sa place, le poids de son malheur, cette plume qui tombe en lui-même, là où il n’y a pas d’ailes, pas de vol vers la lumière, pas un seul battement, pas une réponse obtenue du mouvement.
Le cœur du colibri bat à 1260 battements la minute (ellipse 83) Traduction de Martine Cantin