Actes d’écoute / Acts of Listening
Katia Grubisic, Lida Nosrati & Pablo Strauss
Actes d’écoute
La traduction est sans doute parmi les plus vieux métiers du monde. Et, à l’instar d’autres professions très anciennes qui reposent sur faire l’amour ou la guerre, le succès ou l’échec de la traduction littéraire dépend en grande partie de l’écoute.
Ce qu’on entend quand on se penche vers les murmures d’un poème dans une autre langue que la nôtre, ce qui jaillit de la page en lisant un conte dans une langue dont nous ne maîtrisons que les rudiments, ou l’écho qui persiste après la tombée du rideau d’une pièce suivie grâce aux surtitres… Le sens ne peut être aussi complexe, aussi éloquent, aussi beau que l’attention, l’écoute que nous portons.
Les années 1960 et 1970 ont été une période de changements majeurs pour le milieu des arts au Canada. Des conseils des arts commençaient à voir le jour un peu partout au pays et des associations prenaient formes autour de discussions sur la nature et les besoins de l’art et des artistes, entre autres la Writers’ Union of Canada en 1973 et l’Union des écrivaines et des écrivains québécois en 1977. En 1974, les traducteur·rices littéraires se réunissaient pour songer à comment représenter notre d’art — l’art d’être invisible, à l’époque. Et, déjà et toujours, l’art d’écouter.
La revue ellipse avait été fondée quelques années plus tôt, en 1969, à l’Université de Sherbrooke, pour offrir un espace de partage littéraire dans les deux langues coloniales. Au fil des ans, la revue a évolué, publiant des œuvres dans d’autres langues que le français et l’anglais, y compris des voix et des langues autochtones. Quand l’Association des traducteurs et des traductrices littéraires du Canada a voulu célébrer son cinquantième anniversaire, un partenariat avec ellipse semblait logique, et c’est un honneur pour l’ATTLC et ellipse de partager ce numéro spécial de la revue.
ellipse 96 est un aperçu du moment présent, qui contemple aussi le passé et la promesse des années à venir. Le numéro présente des conversations qui retracent notre parcours, avec des commentaires de traducteur·rices éminent·es; des conversations qui explorent comment et pourquoi nous traduisons; des textes qui posent des questions sur qui traduit et qui devrait traduire; et des poèmes tirés des archives d’ellipse, dans de nouvelles traductions.
La pratique de la traduction littéraire a changé et change encore. Les nouvelles technologies introduisent de nouveaux outils, mais aussi de nouvelles craintes. Notre prise de conscience croissante, en tant que société, des voix qui ont été réduites au silence ou laissées de côté fait évoluer comment, qui et quoi nous publions. Les inégalités et les omissions persistent, y compris malheureusement dans ces pages, et nous espérons que les publications à venir —des livres, d’autres revues, les numéros annuels d’ellipse en ligne et éventuellement, peut-être, une édition qui fêtera le centenaire de l’ATTLC — seront créés et élaborés par des artistes, des écrivain·es, des traducteur·rices et des éditeur·rices qui reflètent les pratiques décoloniales et la diversité des perspectives afin de changer notre façon de voir le monde, et de continuer à mettre en valeur ce que Charly Bouchara, rédacteur fondateur d’ellipse, nomme ailleurs dans ce numéro « des actes d’écoute ».
Joyeux anniversaire, and long live LTAC!
Katia Grubisic, pour le comité éditorial
Acts of Listening
Translation is quite certainly among the oldest professions in the world. And, like similarly foundational business models that hinge on making love or making war, the success or failure of translation depends to a large extent on listening.
What we hear when we lean close to a poem whispered in another tongue than our own, what leaps off the page when we read a story in a language we only rudimentarily grasp, the echo that lingers after the curtain has dropped on a play we followed through surtitles... The meaning we grasp is only as complex, as eloquent, as beautiful as the extent to which we listen for it.
The 1960s and 1970s were a time of great change for the arts in Canada. Arts councils had been popping up for a decade all over the country. Associations coalesced around discussions about the nature and needs of art and artists, among them the Writers’ Union of Canada in 1973 and the Union des écrivaines et de écrivains québécois in 1977. In 1974, literary translators gathered to figure out how best to represent our own art form—the art of invisibility, then. Already and always, the art of listening.
ellipse magazine had begun publishing a few years earlier, in 1969, at the Université de Sherbrooke, as a space to share poetry in both colonial languages. Over the years, the journal evolved, eventually publishing work in languages other than French and English, and including Indigenous voices and languages. As the Literary Translators’ Association of Canada prepared to celebrate its fiftieth year, a partnership with ellipse made sense, and LTAC and ellipse are honoured to share this special anniversary issue.
ellipse 96 is a snapshot of the moment, looking back and looking forward. This issue includes conversations that retrace how we got here, with comments from many of our greatest practitioners; it features conversations that explore how and why we translate; it considers who translates, and asks who should; and it reproduces several poems from the magazine’s archives, in new translations. Our practice has changed, and is changing. New technologies are introducing new tools, as well as new fears. Our increasing awareness as a society of voices that have been silenced or left out is shifting how and whom we publish. Inequities and omissions remain, including, unfortunately, in these pages, and it is our fervent hope that publications to come—books, other magazines, ongoing annual issues of ellipse online, and an eventual hundredth-anniversary edition-will be created and crafted by artists, writers, translators, and editors that reflect decolonial practices and a diversity of perspectives to change the way we see the world, and to keep honing what ellipse founding editor Charly Bouchara calls, in these pages, “des actes d’écoute.”
Happy anniversary, et longue vie à l’ATTLC!
Katia Grubisic, for the editors
